
Emma, une jeune Londonienne, enceinte de son amant marié - et qui ne souhaite pas quitter sa femme - ressent le besoin de transmettre à l'enfant à naître une forme d'héritage. Ayant été elle-même élevée par une mère abandonnée par son mari après l'accouchement, elle ne veut pas que son enfant se pose les questions qu'elle s'est posée en grandissant. Vers la fin de sa grossesse, elle se lance donc éperdument dans une recherche pour découvrir l'histoire de sa famille.
Dans de petits chapitres denses et épisodiques s'entremêlent l'anxiété croissante d'Emma à l'approche de l'accouchement et sa curiosité à l'égard de ses origines. Par ces échappées sur son passé et son présent, l'auteure nous livre une méditation originale et intelligente teintée d'un humour désabusé. L'héroïne passe en effet sans peine des détails domestiques à la réflexion philosophique sur l'amour, la perte, la mémoire, les liens familiaux.
La narration à la deuxième personne du singulier a pour effet de rapprocher le narrateur et le lecteur. Le « tu » est à la fois témoin et porte-parole des activités et réflexions d'Emma, mais c'est en fait un « je » qui dénote la présence de l'auteure.
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TITRE : Ce qu'il nous reste
AUTEUR : Aislinn Hunter
TRADUCTEUR : Carole Noël
PAYS : Canada
AUTEUR : Aislinn Hunter
TRADUCTEUR : Carole Noël
PAYS : Canada
NOMBRE DE PAGES : 144
PRIX : 16,95 $ / 13 €
ISBN : 978-2-9228-6817-6
DATE DE PARUTION : 2004
PRIX : 16,95 $ / 13 €
ISBN : 978-2-9228-6817-6
DATE DE PARUTION : 2004
EXTRAIT
Quand tu portes le bébé plus bas, la délivrance approche. Après huit mois de confinement, il commence à se sentir à l'étroit. Comme si l'amour exigeait une sorte de souffrance. Comme si l'amour avait quelque chose à voir dans tout ça. Dans le métro qui arrive de la station Paddington, une pensée t'effleure pour la première fois : il ne s'agit pas d'une croisée de chemins ordinaire, mais bien d'un moment rond-point, un moment auquel on revient encore et encore. La différence cette fois-ci, c'est que tu le vois venir, et ce métro poussif, longeant les murs souterrains, t'en rapproche. Tu vas descendre à Bayswater et, quelques pâtés de maisons plus loin, ce moment - marches de béton et entrée de maison georgienne - sera arrivé. Tu as encore le temps de sortir stylo et papier de ton sac, de remonter jusqu'au coude la laisse de Winston, le chien noir, et de te mettre au boulot. Écris : « Classer les options. » Écris : « Dresser une liste de choses à faire. » À la station Bayswater, Winston s'élance dans les deux volées de marches et tu le suis d'un pas lourd. C'est la plus belle journée que Londres a vue depuis l'hiver. Dans la fenêtre d'un café-restaurant italien, tu jettes un coup oeil à ton reflet, ton ventre forme une protubérance sous ta robe de coton bleu, quelques mèches rebelles commencent à s'échapper de ton chignon. Impossible de revenir en arrière et, même si tu y as pensé, c'est désormais le bébé qui te tire en avant. Combien de fois es-tu venue ici au cours du dernier mois ? Combien de fois en es-tu repartie ? De la façon la plus simple et la plus inconsciente, nous nous permettons des volte-face. Voilà un autre miracle de la vie. Tu pourrais t'asseoir sur le seuil de sa maison et attendre une demi-journée. S'il est à l'extérieur de la ville, tu pourrais rester là tout le printemps. Au début de l'été, il rentrerait d'un ailleurs paradisiaque avec sa femme et ses deux enfants et te trouverait là, toute basanée, en train d'allaiter son enfant. Il te séduirait de nouveau par ses propos sur l'architecture et l'art, par son amour des édifices du Londres ancien. Or, cette fois-là, le bébé serait pris de coliques, et tu serais exaspérée d'avoir attendu trois mois pour le voir. Sa femme t'irriterait par sa seule présence et son air suffisant, baissant les yeux sur toi, découvrant la preuve disgracieuse et flagrante de l'infidélité de son mari. Mais tu resterais tout de même sous le charme, tu prendrais ce qu'il peut t'offrir et retournerais à ton appartement de Camden, attrapant au passage un paquet de couches et de la nourriture pour chiens au Corner Value Shoppe. C'est toujours comme ça que ça s'est passé. Pourquoi donc serait-ce différent pour toi ? Tu tournes le coin et franchis les quelques mètres qui te séparent de l'entrée de sa maison. Tu te blindes ; il est temps que les choses changent.
AUTEUR
Aislinn Hunter est née à Belleville, en Ontario. Elle a passé quelques années à Dublin, en Irlande, avant de s’établir à Vancouver. Elle est titulaire d’un baccalauréat en création littéraire de la University of Victoria et d’une maîtrise, également en création littéraire, de la University of British Columbia. Une fois ses études terminées, elle a travaillé entre autres à la CBC, à l’ONF et à la Bibliothèque publique de Vancouver. Elle enseigne actuellement la création littéraire à la University of Victoria.
Son recueil de nouvelles What’s Left Us(Polestar) a été inscrit parmi les finalistes du Danuta Gleed Award 2001 et du Relit Award 2002. En 2002 également, son recueil de poésie Into the Early Hours (Polestar) a remporté le Gerald Lampert Award et a été nominé pour le Dorothy Livesay Poetry Award. Enfin, son dernier roman, Stay, est en nomination pour The Amazon.ca/Books in Canada First Novel Award.
Porter un enfant
Quand tu portes le bébé plus bas, la délivrance approche. Après huit mois de confinement, il commence à se sentir à l'étroit. Comme si l'amour exigeait une sorte de souffrance. Comme si l'amour avait quelque chose à voir dans tout ça. Dans le métro qui arrive de la station Paddington, une pensée t'effleure pour la première fois : il ne s'agit pas d'une croisée de chemins ordinaire, mais bien d'un moment rond-point, un moment auquel on revient encore et encore. La différence cette fois-ci, c'est que tu le vois venir, et ce métro poussif, longeant les murs souterrains, t'en rapproche. Tu vas descendre à Bayswater et, quelques pâtés de maisons plus loin, ce moment - marches de béton et entrée de maison georgienne - sera arrivé. Tu as encore le temps de sortir stylo et papier de ton sac, de remonter jusqu'au coude la laisse de Winston, le chien noir, et de te mettre au boulot. Écris : « Classer les options. » Écris : « Dresser une liste de choses à faire. » À la station Bayswater, Winston s'élance dans les deux volées de marches et tu le suis d'un pas lourd. C'est la plus belle journée que Londres a vue depuis l'hiver. Dans la fenêtre d'un café-restaurant italien, tu jettes un coup oeil à ton reflet, ton ventre forme une protubérance sous ta robe de coton bleu, quelques mèches rebelles commencent à s'échapper de ton chignon. Impossible de revenir en arrière et, même si tu y as pensé, c'est désormais le bébé qui te tire en avant. Combien de fois es-tu venue ici au cours du dernier mois ? Combien de fois en es-tu repartie ? De la façon la plus simple et la plus inconsciente, nous nous permettons des volte-face. Voilà un autre miracle de la vie. Tu pourrais t'asseoir sur le seuil de sa maison et attendre une demi-journée. S'il est à l'extérieur de la ville, tu pourrais rester là tout le printemps. Au début de l'été, il rentrerait d'un ailleurs paradisiaque avec sa femme et ses deux enfants et te trouverait là, toute basanée, en train d'allaiter son enfant. Il te séduirait de nouveau par ses propos sur l'architecture et l'art, par son amour des édifices du Londres ancien. Or, cette fois-là, le bébé serait pris de coliques, et tu serais exaspérée d'avoir attendu trois mois pour le voir. Sa femme t'irriterait par sa seule présence et son air suffisant, baissant les yeux sur toi, découvrant la preuve disgracieuse et flagrante de l'infidélité de son mari. Mais tu resterais tout de même sous le charme, tu prendrais ce qu'il peut t'offrir et retournerais à ton appartement de Camden, attrapant au passage un paquet de couches et de la nourriture pour chiens au Corner Value Shoppe. C'est toujours comme ça que ça s'est passé. Pourquoi donc serait-ce différent pour toi ? Tu tournes le coin et franchis les quelques mètres qui te séparent de l'entrée de sa maison. Tu te blindes ; il est temps que les choses changent.
AUTEUR
Aislinn Hunter est née à Belleville, en Ontario. Elle a passé quelques années à Dublin, en Irlande, avant de s’établir à Vancouver. Elle est titulaire d’un baccalauréat en création littéraire de la University of Victoria et d’une maîtrise, également en création littéraire, de la University of British Columbia. Une fois ses études terminées, elle a travaillé entre autres à la CBC, à l’ONF et à la Bibliothèque publique de Vancouver. Elle enseigne actuellement la création littéraire à la University of Victoria.
Son recueil de nouvelles What’s Left Us(Polestar) a été inscrit parmi les finalistes du Danuta Gleed Award 2001 et du Relit Award 2002. En 2002 également, son recueil de poésie Into the Early Hours (Polestar) a remporté le Gerald Lampert Award et a été nominé pour le Dorothy Livesay Poetry Award. Enfin, son dernier roman, Stay, est en nomination pour The Amazon.ca/Books in Canada First Novel Award.






