
Dans une petite ville du Nordeste brésilien règne depuis des générations les Carvalhais Medeiros, clan de femmes hystériques et désaxées. Sous la férule d'une matriarche centenaire qui perpétue une tradition catholique rétrograde (pauvreté, maladies et plaisirs sont des souillures; républicanisme et abolitionnisme sont des tares), cette riche famille se cramponne à ses privilèges et vit du travail et du sang des pauvres, des déclassés et des affamés du petit peuple des plages, avec la complicité de certains ecclésiastiques qui ânonnent l'Évangile (« Les pauvres existeront toujours »), pendant que les rares prêtres dissidents sont supprimés.Pétris de fourberie et de fatalisme superstitieux, tous rampent devant la redoutable Menina, sauf deux petits-enfants, Marina l'asthmatique qui vit entourée de ses aérosols, et João le rebelle qui ose mettre en question l'ordre social et politique. João écrit sur les murs des graffiti subversifs qui laissent entendre qu'un autre monde est possible, ce qui lui vaut d'être livré aux tortionnaires et jeté au cachot avec une énorme mygale. Hélas les miséreux, pour qui « la faim n'est pas qu'un mot », sont écrasés par des « forces obscures » qui disposent d'archives, d'hélicoptères et d'escadrons — et seuls les chevaux osent rire de la bêtise des riches. Dans ce pays où les feuilles qui tombent des branches sont des listes de dénonciations, la lucidité est une folie, mais seuls les fous peuvent se dresser contre « les injustices de la loi » pour mettre fin à « l'interminable patience des pauvres ».Un jour un inconnu muet d'une grande beauté, Pablo le Paraguayen, trouve refuge chez les Carvalhais Medeiros. On le prend pour un pèlerin envoyé dans le monde par le Christ, mais Pablo a le mauvais oeil : c'est l'ange exterminateur qui laisse dans son sillage des consciences dévastées par la peur collective. Une fois l'ange envolé, la vieille Menina s'apprête à léguer sa fortune à Marina, mais sa petite-fille médite le renversement des injustices qui protègent de tout temps les possédants et rêve d'arracher des griffes des forces obscures son cousin João, son amour impossible.
TITRE : Le cantique de Meméia
AUTEUR : Heloneida Studart
TRADUCTEUR : Paula Salnot et Inô Riou
PAYS : Brésil
AUTEUR : Heloneida Studart
TRADUCTEUR : Paula Salnot et Inô Riou
PAYS : Brésil
NOMBRE DE PAGES : 178
PRIX : 18,95 $ / 14 €
ISBN : 978-2-9228-6831-1
DATE DE PARUTION : 2005
PRIX : 18,95 $ / 14 €
ISBN : 978-2-9228-6831-1
DATE DE PARUTION : 2005
EXTRAIT
Il arriva le jour de l'inauguration de la rue Salustiano Carvalhais Medeiros. Depuis longtemps la mairie souhaitait rendre hommage à mon arrière-grand-père Salustiano - patriarche et géographe illustre, le premier à avoir dessiné la carte de sa province - en donnant son nom à une large avenue bordée d'arbres. Et, depuis toujours, grand-mère Menina, héritière de l'aïeul, s'y opposait, n'admettant pas la présence d'une rue Carvalhais Medeiros dans ces parages tant soit peu mal nommés. - Quoi ? Près de la rue du père Mororó ou du frère Caneca, ces dissidents ! Je ne tolérerai pas d'avenue portant le nom de mon père près de rues aussi séditieuses ! Le gouverneur avait fait des salamalecs à grandmère Menina en lui promettant une avenue respectable, loin de rues mal famées ou aux noms douteux. C'est ainsi qu'il fit tracer une artère lumineuse en bord de mer, bitumée, aux feux de signalisation importés, qu'il offrit à ma grand-mère. Les rues voisines étaient nobles comme il fallait : rue Dona Maria I, rue Don Pedro II et avenue Princesse Isabelle. Grand-mère Menina accepta finalement cet honneur et s'occupa de la cérémonie d'inauguration. L'enterrement de mon oncle Lucas - une sorte d'opéra funèbre - est, autant que je me souvienne, la dernière fête que nous organisâmes dans la villa de mon enfance. L'oncle Lucas était le seul homme d'une fratrie de quatre enfants que le mari de grand-mère Menina, son cousin José de Carvalhais, lui avait faits sans jamais voir son corps. Lucas fut élevé par les jésuites pour maintenir la tradition catholique de la famille, mais leur religion était si rigide que même l'arrière-grand-père Salustiano disait : « Si je mets la main dans une cuvette d'eau mais que le prêtre affirme que c'est du feu, j'appelle à l'aide et implore que l'on me soigne. » Jusqu'à ses dix-huit ans, la seule excentricité qu'il montra fut ses peurs nocturnes. Il avait peur du noir. Les domestiques lui répétaient : « Lucas, cesse donc d'être une mauviette. »
AUTEUR
HELONEIDA STUDART est née en 1932 à Fortaleza, dans le Nordeste, au sein d'une famille aristocratique. À 19 ans, munie de faux papiers d'identité la vieillissant de deux ans, elle quitte la région pour travailler librement dans la capitale, mêlant une activité journalistique et syndicale à la rédaction d'oeuvres littéraires. Emprisonnée quelques mois en 1969 en raison de son militantisme politique et de ses écrits, elle demeurera plusieurs années sur la liste noire des militaires au pouvoir. Dans trois de ses romans, elle dénonce la violence de la dictature et la pratique de la torture en prison. Pour cette écrivaine, la condition des femmes a toujours constitué une préoccupation majeure. Surnommée la Simone de Beauvoir brésilienne, elle compte parmi les théoriciennes historiques du féminisme brésilien. Comme politicienne, elle a notamment été députée du Parti des Travailleurs de l'État de Rio de Janeiro de 1978 à 2006. Elle a également présidé la commission des Droits de l'homme à l'Assemblée. Femme politique de terrain, son action s'est orientée, dans les milieux défavorisés, vers la jeunesse, la prévention sanitaire et la reconnaissance des droits des femmes.
Heloneida Studart est décédée le 3 décembre 2007 à Rio de Janeiro. À cette occasion, le gouverneur de l'État de Rio de Janeiro a décrété une période de deuil de trois jours.
Il arriva le jour de l'inauguration de la rue Salustiano Carvalhais Medeiros. Depuis longtemps la mairie souhaitait rendre hommage à mon arrière-grand-père Salustiano - patriarche et géographe illustre, le premier à avoir dessiné la carte de sa province - en donnant son nom à une large avenue bordée d'arbres. Et, depuis toujours, grand-mère Menina, héritière de l'aïeul, s'y opposait, n'admettant pas la présence d'une rue Carvalhais Medeiros dans ces parages tant soit peu mal nommés. - Quoi ? Près de la rue du père Mororó ou du frère Caneca, ces dissidents ! Je ne tolérerai pas d'avenue portant le nom de mon père près de rues aussi séditieuses ! Le gouverneur avait fait des salamalecs à grandmère Menina en lui promettant une avenue respectable, loin de rues mal famées ou aux noms douteux. C'est ainsi qu'il fit tracer une artère lumineuse en bord de mer, bitumée, aux feux de signalisation importés, qu'il offrit à ma grand-mère. Les rues voisines étaient nobles comme il fallait : rue Dona Maria I, rue Don Pedro II et avenue Princesse Isabelle. Grand-mère Menina accepta finalement cet honneur et s'occupa de la cérémonie d'inauguration. L'enterrement de mon oncle Lucas - une sorte d'opéra funèbre - est, autant que je me souvienne, la dernière fête que nous organisâmes dans la villa de mon enfance. L'oncle Lucas était le seul homme d'une fratrie de quatre enfants que le mari de grand-mère Menina, son cousin José de Carvalhais, lui avait faits sans jamais voir son corps. Lucas fut élevé par les jésuites pour maintenir la tradition catholique de la famille, mais leur religion était si rigide que même l'arrière-grand-père Salustiano disait : « Si je mets la main dans une cuvette d'eau mais que le prêtre affirme que c'est du feu, j'appelle à l'aide et implore que l'on me soigne. » Jusqu'à ses dix-huit ans, la seule excentricité qu'il montra fut ses peurs nocturnes. Il avait peur du noir. Les domestiques lui répétaient : « Lucas, cesse donc d'être une mauviette. »
AUTEUR
HELONEIDA STUDART est née en 1932 à Fortaleza, dans le Nordeste, au sein d'une famille aristocratique. À 19 ans, munie de faux papiers d'identité la vieillissant de deux ans, elle quitte la région pour travailler librement dans la capitale, mêlant une activité journalistique et syndicale à la rédaction d'oeuvres littéraires. Emprisonnée quelques mois en 1969 en raison de son militantisme politique et de ses écrits, elle demeurera plusieurs années sur la liste noire des militaires au pouvoir. Dans trois de ses romans, elle dénonce la violence de la dictature et la pratique de la torture en prison. Pour cette écrivaine, la condition des femmes a toujours constitué une préoccupation majeure. Surnommée la Simone de Beauvoir brésilienne, elle compte parmi les théoriciennes historiques du féminisme brésilien. Comme politicienne, elle a notamment été députée du Parti des Travailleurs de l'État de Rio de Janeiro de 1978 à 2006. Elle a également présidé la commission des Droits de l'homme à l'Assemblée. Femme politique de terrain, son action s'est orientée, dans les milieux défavorisés, vers la jeunesse, la prévention sanitaire et la reconnaissance des droits des femmes.
Heloneida Studart est décédée le 3 décembre 2007 à Rio de Janeiro. À cette occasion, le gouverneur de l'État de Rio de Janeiro a décrété une période de deuil de trois jours.






