
Chambres pour personnes seules est le récit à la première personne d’une errance urbaine, sociale et sentimentale.
Éden Sandoval, paria vivant de petits boulots, nous y entraîne dans les bas-fonds d’une mégalopole anonyme, symbole d’une humanité misérable, dont les seules valeurs sont liées à la survie. L’errance du narrateur le mène à assister à un violent combat de chiens auquel il finit par participer lui-même. Vainqueur du combat qui l’oppose à l’animal, il est assommé par un dresseur de chiens et recueilli par une voisine, Felisa. Renvoyé de son travail, livré à lui-même, errant dans une ville sans limite qui semble vouée à une destruction sans fin, Éden n’est guidé que par la haine et le désir de vengeance, plongé dans un présent misérable, que rien ne distingue du passé.
Dans cette odyssée urbaine rythmée par les meurtres et les règlements de comptes, la prose concise et corrosive de Juan Manuel Servín suggère que le désir ardent de vivre ne peut s’exprimer que par la haine et le ressentiment, la survie des individus ne tenant ici qu’à l’énergie farouche qui les anime et les dresse les uns contre les autres. Juan Manuel Servín dépeint avec noirceur, par le biais d'une écriture aux accents céliniens, une société où le désastre a déjà et toujours eu lieu et où les individus sont condamnés à la solitude, au désespoir, à la rage.
AUTEUR : J.M. Servin
TRADUCTEUR : Robert Amutio
PAYS : Mexique
PRIX : 19,95 $ / 15 €
ISBN : 978-2-922868-86-9
DATE DE PARUTION : 26 février 2009
Des frissons me parcouraient, l’émotion m’asséchait le palais, je fumais avidement pour remplacer une gorgée d’alcool, dont, à cet instant-là, j’avais désespérément besoin. Contaminé par la soif de sang et le pétulant goût morbide du public, je voulais intervenir d’une manière ou d’une autre, mais sans me décider à parier, je ne m’intéressais qu’au combat en lui-même, et à la confirmation de mon savoir sur les chiens. Il pourrait sembler absurde que, justement, ça ne m’ait pas poussé à miser mon argent, mais je n’étais pas prêt à courir le risque que, en un seul combat, mes pronostics sur l’animal qui devrait le remporter en raison de sa taille et de son énergie se cassent la figure à cause d’un coup de malchance. C’est un spectacle hypnotique que de les voir aboyer et se tordre, furieux, plantant dans l’adversaire leurs crocs blancs, mortels comme des pieux, se déplacer en rond en guettant le cou qu’ils devront déchirer. C’est cela qui permet à un chien de remporter le combat, mais il a besoin de beaucoup de force dans les pattes arrière pour bondir et, si le cas se présente, pour surmonter une chute qui le mettrait au bord de la mort ; il doit refermer ses crocs sur le cou de son adversaire et, dans le même élan, plaquer son échine sur le sol. Personne n’allait se ruiner en paris, on le savait, mais l’émotion du combat en avait besoin. Ça pimentait l’affaire. La seule chose qui comptait, c’était gagner quelques pesos et se foutre du perdant, un chien, en fin de compte ; quant au maître, on ne lui parlait simplement pas, il n’y a aucun intérêt à être proche de quelqu’un qui a déjà déçu la confiance des autres, il fallait attendre qu’il amène un autre animal et, au cas où il gagnerait, alors d’accord, on lui montrerait du respect en échange de quelques pesos. Qu’est-ce que c’était d’autre, le respect, dans cette masse excitée et avide ? Une fois chacun chez soi, tout retournerait à la routine. Ce qu’on négociait, c’était un moment de détente.
AUTEUR
Né à Mexico en 1962, JUAN MANUEL SERVÍN se décrit volontiers comme un écrivain et un journaliste autodidacte. Auteur d’articles et d’essais pour de nombreux journaux mexicains, il a reçu le prix Fernando Benítez de la presse culturelle pour son texte « Les héritiers du diable ». Issu d’un milieu modeste, il commence à écrire en 1989 mais s’interrompt en 1993 lorsqu’il quitte le Mexique pour les États-Unis. Sans papiers, il y vit de petits boulots dans des restaurants, des stations essence et des greens de golf. Désirant découvrir l’Europe, il vécut de vagabondages d’abord en Irlande, puis en France pendant trois ans. Cette période de sa vie, marquée par le chômage et l’anonymat, est aussi celle qui le conduit à renouer avec ces aspirations d’écrivain. S’il ne se définit pas aujourd’hui comme journaliste au sens traditionnel du terme, Juan Manuel Servín se considère comme un écrivain ayant besoin du journalisme pour raconter des histoires marquées par une certaine immédiateté. Bénéficiaire du programme de résidence artistique Mexique-Colombie en 2005, il devient membre du Système National de Créateurs d'Art en 2006. Il est l’auteur de plusieurs romans dont Por amor al dólar (Planeta-Joaquín Mortiz 2006) et Al final del vacío (Mondadori 2007), et de recueils de nouvelles : Periodismo Charter (Nitro/Press-Conaculta, 2002), Revolver de ojos amarillos (Almadía 2006, réédité en 2008).
EXTRAIT DE PRESSE
Chambres pour personnes seules est un roman comète – fulgurant – écrit avec hargne, avec la force du désespoir.
Martine Laval | Télérama
Vous, je ne sais pas. Mais moi, j’ai tourné les pages, continué à lire ce roman. Le temps s’est arrêté. Le sommeil aussi. La nuit s’est écoulée à un rythme d’enfer – normal puisque ce roman parle d’un enfer, enfin quelque chose qui lui ressemble, en plus insidieux. L’ennui, l’absolu ennui, une errance sans fin, juste entrecoupée de violence.
Martine Laval | Télérama - blog Lectures buissonières
Son talent à mettre en scène, à raconter l'indicible transcende la réticence du lecteur. Un grand petit livre."
- Olivier Barrot
L'itinéraire de Sandoval est sans bavardage et sans sympathie pour personne, mais il n'est pas sans phrases, car c'est précisément l'absence de sympathie qui lui permet, éprouvant tout et n'aimant rien, d'obtenir ce ton de colère rentrée, comme dépolie par la souffrance.
Philippe Lançon | Libération






