
Christine, une jeune Allemande fiancée à un étudiant en théologie, part en voyage avec Herbert, un divorcé, et son fils Berti. Leur bref séjour dans un Paris caniculaire se révèle aussi désastreux que le trajet du retour en train, parsemé de rencontres intrigantes et d’inquiétants contretemps. De détournement en changements de directions, le train finit toutefois par les mener à Pegnitz. Cette gare de jonction, lieu de passage et de transition, réveille un sentiment de perdition chez les passagers, Européens meurtris, Nord Américains exilés dans l’Europe d’après-guerre, tous « voyageurs en souffrance ». Dans une prose élégante, Mavis Gallant parvient à faire de ce récit l’expression complexe des bouleversements générés par la Seconde Guerre mondiale, la vanité, l’absurdité et les contradictions des personnages reflétant en dernier lieu celles de l’Histoire.
AUTEUR : Mavis Gallant
TRADUCTEUR : Suzanne V. Mayoux
PAYS : Canada
PRIX : 18,95 $ / 13 €
ISBN : 9782922868999
DATE DE PARUTION : 10 Septembre 2009
La dame du coin-fenêtre, qui avait aussi acheté une boîte du breuvage, se mit à boire lentement, en faisant du bruit avec sa paille.Personne n’a jamais été aussi proche que nous l’étions, deux cousins germains mariés à deux cousins germains. Jamais une réponse irritée, on trouvait toujours des choses agréables à se dire.
— Je suis désolé qu’il n’y ait rien à boire pour nous, Berti, dit son père. Mais, tu vois, il y a des jours où tout va de travers dès le petit matin, même le temps qu’il fait. La vie est ainsi faite. Bien sûr, ce n’est pas toujours comme cela ; sinon, les gens se décourageraient.
— Lis-moi ton livre, dit l’enfant, penché sur Christine. Lis-moi l’histoire de Bruno qui mordait les autres enfants.
— Au contraire, sur cette page-ci on raconte que Bruno était une éponge obéissante. (Christine leva la tête pour s’adresser à Herbert.) Mais, ces jours-là, parfois, on éprouve autre chose. Autre chose que simplement de l’irritation, je veux dire. On voit tout éclater, comme une grenade. Il y a plus de choses qu’on ne se l’imaginait qui sont allées de travers. On commence aussi à s’en apercevoir.
— Berti n’a jamais vu une grenade, rétorqua Herbert.
Il y avait des formes de conversation qu’il refusait tout net.
AUTEUR
Née à Montréal en 1922, romancière, dramaturge, essayiste et nouvelliste, Mavis Gallant est installée à Paris depuis 1950. Issue d'une famille anglophone, d’une mère d’origine canadienne et d’un père britannique, elle est cependant élevée dans un milieu bilingue dès ses 4 ans. Après le décès prématuré de son père, elle quitte Montréal et vit dans différentes parties du Canada et des États-Unis. Elle réside à New York puis revient à Montréal à 18 ans où elle exerce plusieurs métiers dont celui de journaliste chroniqueur et critique culturel. À 28 ans, divorcée depuis peu, Mavis Gallant publie sa première nouvelle au New Yorker et prend la décision de s’installer à Paris pour écrire et être publiée.
Au moins dix doctorats honoris causa lui ont été décernés. Et on ne compte plus les récompenses qu'elle a reçues : Prix du Gouverneur général, prix Molson, PEN/Nabokov Prize... Un prix littéraire, remis chaque année à un auteur anglophone du Québec, porte même son nom. En 2006, elle devient le premier écrivain de langue anglaise à être récompensée par le prix Athanase-David.
EXTRAIT DE PRESSE
Une écriture nette, ciselée, décapée, jamais platement réaliste, jamais complètement inventée... Allez-y voir. Un véritable auteur de nouvelles, cela ne se rate pas.
Nicle Zand | Le Monde
On en ressort à la fois pensif et enrichi, réfléchissant aux limites qui séparent la folie de la tromperie et du mal.
- Globe and Mail
Délicat et brillant au possible.
Robert Lévesque | La Presse






