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L'Idée de Speck
Couverture L'Idée de Speck Spendor Speck est directeur de galerie à Paris et installé depuis peu au Faubourg Saint-Germain, après que les séparatistes basques eurent fait sauter sa galerie. Déboussolé, sa femme l’ayant quitté en le traitant de fasciste, Spendor Speck rêve néanmoins d’être celui par lequel arrivera le renouveau artistique qui semble manquer, selon les critiques parisiens. Mais, pour ça, il aura besoin d’un artiste.
Un jour, il a une illumination en écoutant un sénateur parler d’Hubert Cruche, peintre français mort de la syphilis. Spendor Speck décide alors de contacter la veuve du peintre, Lydia Cruche (il a toujours été habile avec les veuves), pour lui proposer de faire une exposition importante, la première grande exposition Cruche. Mais face à cette étrangère, il perd le contrôle…
L’histoire se répétant à l’infini, L’idée de Speck, écrit par Mavis Gallant dans les années soixante-dix, est encore, par le vif esprit d’observation qui s’en dégage, d’une troublante actualité.
 
TITRE : L'Idée de Speck
AUTEUR : Mavis Gallant
TRADUCTEUR : Pierre-Edmond Robert
PAYS : Canada
NOMBRE DE PAGES : 80
PRIX : 15,95 $ / 12,00 €
ISBN : 978-2-923682-18-1
DATE DE PARUTION : 10 Février 2011
EXTRAIT
Speck était orfèvre en matière de péniches, ponts, cafés au crépuscule, nus sur courtepointe rayée, et connaissait tout sur l’artiste : la glace au-dessus de la cheminée, sa rue, son escalier, son lit, fait et défait, sa nature morte à la pomme demi-pelée, son été au Mexique, sa femme lisant un livre, sa maîtresse nue et découragée assise sur une chaise de cuisine. Il savait que l’attrait du client pour un tableau était toujours fortuit, comme l’amour ; c’était son travail de le changer en passion. Les visiteurs venaient chercher à la galerie décoration et investissements ; ils s’en allaient avec la conviction que Speck les avait mis sur le chemin des sommets. Mais Speck était bien plus encore, et si on le respectait dans le métier, c’était pour son savoir-faire avec les veuves de peintres. La plupart des marchands les détestaient. On les jugeait vaniteuses, avides, irréalistes, et plus coriaces que des bouledogues. Les pires étaient celles dont les maris avaient, d’une manière ou d’une autre, réussi la difficile traversée vers la notoriété pour finir échoués du mauvais côté de la plage. C’est là que la veuve attendait, gardienne de l’épave. L’habileté de Speck dans ses rapports avec elles venait d’une certaine sympathie. Une veuve de peintre ne pouvait qu’être méchante et inflexible. Elle avait enduré la gêne et la confusion de son mariage ; elle avait supporté l’alcoolisme du peintre, son avarice, ses liaisons, sa phobie de la constipation, ses conflits, ses querelles, sa lâcheté vis-à-vis des marchands, son hypocrisie envers les critiques, ses dépressions (qui tombaient toujours aux moments les plus gais, gâchant Noël et le printemps) ; et puis – ô justice ! – elle était toujours là.

AUTEUR
Née à Montréal en 1922, romancière, dramaturge, essayiste et nouvelliste, Mavis Gallant est installée à Paris depuis 1950. Issue d’une famille anglophone, d’une mère d’origine américaine et d’un père britannique, elle a été élevée dans un milieu bilingue dès l’âge de quatre ans. Après le décès prématuré de son père, elle quitte Montréal et vit dans différentes régions du Canada et des États-Unis, notamment à New York. Puis, à 18 ans, elle revient à Montréal où elle exerce plusieurs métiers, dont ceux de journaliste chroniqueur et de critique culturel. À 28 ans, Mavis Gallant publie sa première nouvelle dans le New Yorker et prend la décision de s’installer à Paris pour écrire et être publiée. Au moins dix doctorats honoris causa lui ont été décernés, et l’on ne compte plus les récompenses qu’elle a reçues : prix du Gouverneur général, prix Molson, PEN/ Nabokov Award. De plus, un prix littéraire remis chaque année à un auteur anglophone du Québec porte aujourd’hui son nom. En 2006, elle est devenue le premier écrivain de langue anglaise à être récompensé par le prix Athanase-David, remis à un auteur québécois pour l’ensemble de sa carrière.