
Paris, 1963. Alors que certains se demandent si la guerre d'Algérie produira son grand écrivain, Shirley Norrington, une jeune Canadienne excentrique, erre dans Paris. Abandonnée par son mari, un journaliste français, elle multiplie les rencontres équivoques, désopilantes, attendant toujours son retour. Ce faisant, la charitable Shirley s'encombre d'une peintre hystérique et suicidaire, s'attache à une famille névrosée et au «Grec d'en haut», Éros en congé sabbatique. Entre-temps, aveuglée par les malentendus, Shirley ne voit pas les ombres qui orchestrent une machination pour la dépouiller de tout.
Comédie de moeurs parfois hilarante mais teintée de tragique, Rencontres fortuites est marqué par un humour de situation dont les effets disloqués rappellent certains films de Tati. Et finalement, on perçoit une voix foncièrement mélancolique, porteuse d'un sentiment de fatalité qui fait penser aux auteurs russes.
AUTEUR : Mavis Gallant
TRADUCTEUR : Geneviève Letarte et Alison Strayer
PAYS : Canada
PRIX : 24,95 $ / 24 €
ISBN : 978-2-922868-98-2
DATE DE PARUTION : 10 septembre 2009
Dans sa chambre, pendant qu’elle changeait de robe, se brossait les cheveux et mettait du noir sur ses cils, elle eut honte du mépris qu’elle ressentait pour Gérald Ziff. C’était un genre de James placide et innocent, totalement dépourvu d’intelligence, et elle s’était servie de Philippe pour se moquer de lui. Un moi plus authentique et détaché de la créature malhonnête qui se tenait devant le miroir déclara : « Il n’est pas en train d’écrire un livre, que je sache, et il n’est pas en voyage. Ou bien il est malade, ou bien il m’a quittée pour un temps. » Elle aurait voulu dire à quelqu’un que son mari était prisonnier, séquestré par sa mère, tout comme Picasso, disait-on, était tenu à l’écart des inconnus par son épouse. Elle devait prendre garde de ne pas mentionner cela aux inconnus avec qui elle déjeunerait aujourd’hui. Lorsqu’elle parlait de lui, Philippe n’était pas son mari, il faisait simplement partie d’une longue histoire. Ah ! À quoi bon tous ces reproches qu’elle s’adressait à elle-même, cette façon qu’elle avait de reculer devant sa propre image ? Shirley était une personne chaleureuse, généreuse, et même courageuse. Les inconnus pouvaient percevoir ses qualités : les Maurel avaient fait le geste — tout à fait atypique pour des Français — de l’inviter, elle, une inconnue sans distinction et provenant d’un autre pays, à ce repas familial des plus intimes, le déjeuner du dimanche.
AUTEUR
Née à Montréal en 1922, romancière, dramaturge, essayiste et nouvelliste, Mavis Gallant est installée à Paris depuis 1950. Au moins dix doctorats honoris causa lui ont été décernés. Et l’on ne compte plus les récompenses qu'elle a reçues : Prix du Gouverneur général, prix Molson, PEN/Nabokov Award...De plus, un prix littéraire, remis chaque année à un auteur anglophone du Québec, porte son nom. En 2006, elle est devenue le premier écrivain de langue anglaise à être récompensé par le prix Athanase-David, remis chaque année à un auteur québécois pour l’ensemble de sa carrière.
EXTRAIT DE PRESSE
Dans ces histoires entrelacées, elle fait le portrait d'une bourgeoisie diminuée et d'une bohème fragile, emportées par des vents idéologiques qui semblent souffler plus fort et plus capricieusement à Paris que dans les autres villes.
Phyllis Rose | The New York Times Book Review
Avec Rencontres fortuites, le lecteur d'aujourd'hui se retrouve face à une éternelle actualité, ce qui est toujours le lot des grands livres.
Felicia Mihali | Terra Nova Magazine
Gallant excelle dans la satire sociale. Elle décortique avec beaucoup d'esprit les petites manies et tics de civilisations des Français, des Anglais, des Canadiens, nous indiquant au passage que la bêtise et le charme sont répartis de manière égale par les nationalités.
Christophe Bergeron | Voir






